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Kundalini Yoga et Kriya Yoga, regards croisés

Marshall Govindan (ou Yogacharya M. Govindan Satchidananda ) est un Kriya Yogi, auteur, spécialiste et éditeur d’oeuvres littéraires liées au Yoga classique et au Tantra et enseignant de Kriya Yoga. Il est président des éditions de Kriya Yoga de Babaji et de l’ordre des Acharyas de Kriya Yoga – un ordre laïc de plus de 25 enseignants de Kriya Yoga opérant dans plus de 20 pays. Jan Durga Alhund a pratiqué et étudié le Yoga depuis 1967. Elle partage son expérience du Yoga en sa qualité d’écrivain, d’enseignante de Hatha Yoga, Kundalini Yoga et Kriya Yoga et également en tant que Phoenix Rising Yoga thérapeute – une approche thérapeutique qui utilise le yoga pour la libération des émotions. Elle donne des séminairers d’Initiation au Kriya Yoga dans le monde entier.

(Pour en savoir plus : www.babajiskriyayoga.net)

Question à Satchidananda : Qu’est-ce que le Yoga Kundalini selon la tradition Siddha ?
Réponse : << Siddhantha >> fait référence à l’ensemble des enseignements des adeptes du Yoga ou du Tantra indien, adeptes connus sous le nom de << Siddhas >> ou maîtres parfaitement réalisés, ceux  qui ont atteint un certain degré de perfection ou des pouvoirs divins appelés << siddhis >>. Mis à part les << Siddhas >>  associés au Bouddhisme tibétain, des mystiques ont mis en avant la pratique du Yoga Kundalini pour réaliser notre divinité potentielle dans les cinq plans de l’existence. Ils ont condamné la religion institutionnelle qui met l’accent sur le temple et le culte des idoles, les rituels, le système des castes et la référence aux Écritures. Ils ont enseigné que leur propre expérience est la source de connaissance et de sagesse qui fait autorité et la plus digne de confiance et que, pour acquérir cela, on doit se tourner intérieurement vers les dimensions subtiles de la vie par le biais du Yoga et de la méditation. La plupart de leurs écrits ont de 800 à 1600 ans, ils remontent aussi loin que le 2ème siècle apès JC. << Anta >> signifie << le but final >>. << Siddhanta >> signifie le but final, la conclusion ou les objectifs des Siddhas, les maîtres parfaits. Alors qu’ils existaient dans toute l’Inde et même au Tibet, la tradition à laquelle nous appartenons et dont nous avons recherché, traduit et publié la littérature depuis les années 60 provient de l’Inde du sud ; elle est connue sous le nom de << Tamil Kriya Yoga Siddhantha >>. Théologiquement, leurs enseignements peuvent être considérés comme du << théisme moniste >>. Mais ceux-ci n’essaient pas de créer un système philosophique ou une religion. Ils cherchent à fournir des enseignements pratiques, liés en particulier au Yoga Kundalini, pour réaliser directement la Vérité et ce que l’on devrait éviter sur le chemin spirituel. L’affiliation
sectaire n’a pas d’importance pour les Siddhas. Ils se sentent à l’aise parmi les personnes de toutes les confessions. Leur approche de la vérité est d’abord d’en faire l’expérience en samadhi, la communion mystique de l’absorption cognitive, puis de s’y abandonner graduellement complètement, jusqu’à ce qu’il devienne leur état de conscience constant en l’état d’illumination. Tirumular, probablement le plus ancien des Siddhas du Yoga tamoul, déclare dans son Tirumandiram (5ème siècle après JC) qu’il révèle un << nouveau Yoga >> (nava yoga), contenant tous les éléments auxquels les Siddhas feront plus tard référence comme le << Yoga Kundalini >> et qui provoqueront une transformation complète de la condition humaine, y compris du corps physique. Au cours du premier millénaire de notre ère, les Siddhas ont inventé le Yoga Kundalini comme un puissant moyen de réalisation du Soi (samadhi).  C’était un produit de leurs efforts expérimentaux visant à trouver des moyens plus efficaces pour connaître la vérité des choses, au-delà des chemins  trop intellectuel, ritualiste, dévotionnel ou ascétique et à transformer la nature humaine.

Le Kriya Yoga de Babaji est un condensé de Siddhantha. Son chemin à cinq membres combine la culture du détachement et de la méditation du Yoga classique tel que décrit dans les Yoga Sutras de Patanjali, avec le Yoga Kundalini des Siddhas. Ci-dessous les cinq membres du chemin. Le Kriya Hatha Yoga inclue  des << asanas >> (postures physiques de relaxation), des << bandhas >>  (fermetures musculaires) et des << mudras >> (gestes psycho-physiques), lesquels apportent tous l’éveil des principaux canaux énergétiques (les << nadis >>) et des centres (les << chakras >>). Babaji a choisi une série particulièrement efficace de 18 postures qui sont enseignées par étapes et par paires. On prend soin du corps physique en sa qualité de véhicule ou de temple du Divin.
Le Kriya Kundalini Pranayama est une technique puissante de respiration pour éveiller son pouvoir potentiel et sa conscience et pour la  faire circuler  à travers les sept principaux chakras situés entre la base de la colonne vertébrale et le sommet de la tête. Cette technique éveille les facultés latentes associées aux sept chakras et fait de nous une dynamo sur les cinq plans de l’existence. Le Kriya Dhyana Yoga  est une série progressive de techniques méditatives pour apprendre l’art scientifique de la maîtrise de l’esprit- en vue de nettoyer le subconscient, de développer la concentration, la clarté mentale et la vision, d’éveiller les facultés intellectuelles intuitives et créatives et de provoquer l’état de communion avec Dieu dans l’arrêt spontané de la respiration, le samadhi et la réalisation du Soi. Le Kriya Mantra Yoga est la répétition mentale et silencieuse de sons subtils pour éveiller l’intuition, l’intellect et les chakras : le mantra devient un substitut au  bavardage mental centré sur le <<je>> et facilite l’accumulation de grandes quantités d’énergie. Le mantra nettoie également les tendances subconscientes habituelles. Le Kriya Bhakti Yoga est la culture de l’aspiration de l’âme pour le Divin. Il intègre des activités dévotionnelles et de service  pour éveiller l’amour inconditionnel et la béatitude spirituelle dans le corps spirituel. Il peut inclure des psalmodies et du chant. Peu à peu, toutes nos activités sont imprégnées de douceur, puisque  le << Bien-aimé >> perçu en tout.

Question à Satchidananda : Y a-t-il des liens entre la lignée des Siddhas et celle des Sikhs ?
Réponse : Oui, comme vous le savez, Yogi Bhajan (ndr. Yogi Bhajan a été un grand divulgateur du Kundalini Yoga en Occident et il était Sikh) a appris les techniques enseignées dans << 3H0 Kundalini Yoga >> d’un Siddha tibétain, et les a combinées avec les enseignements religieux du sikhisme. Comme indiqué précédemment, les Siddhas ont développé ces techniques il  y a entre 800 et 1500 ans. À l’automne 1970, à l’invitation de Yogi Bhajan, j’ai conduit mon professeur, Yogi Ramaiah, de notre ashram à Norwalk en Californie jusqu’à la résidence de Yogi Bhajan, à Hollywood, pour une réunion privée. Auparavant, nous avions entendu que Yogi Bhajan avait dit s’interroger sur l’existence de notre Satguru Babaji, s’exprimant ainsi : << Pourquoi quelqu’un voudrait-il vivre aussi longtemps ? >>. Lors de la réunion, Yogi Bhajan et Yogi Ramaiah se sont assis l’un en face de l’autre pendant les 30
premières minutes, sans prononcer un seul mot, en gardant  les yeux ouverts. Moi-même et une femme assistant Yogi Bhajan étions aussi assis sans parler, après s’être rendus compte qu’ils étaient en communication télépathique. Par la suite, quelques plaisanteries ont été échangées, puis Yogi Ramaiah a invité Yogi Bhajan à participer à l’ouverture officielle de notre ashram à Norwalk. Environ une semaine plus tard, lors d’une réunion publique au centre 3H0 d’Hollywood, quand un de mes frères disciples s’est présenté comme un disciple de Yogi Ramaiah, Yogi Bhajan a dit devant toute l’assemblée :  » Oh ! Yogi Ramaiah , c’est un grand saint.  »

Quelques semaines plus tard, lors de la cérémonie d’ouverture de notre ashram, Yogi Bhajana  donné une conférence. Entre autres choses, il a dit : << Je viens juste de revenir d’Amritsar où j’ai emmené pour la première fois un groupe de mes disciples américains, plus de 70 personnes. J’apprécie beaucoup ce que Yogi Ramaiah fait pour vous tous. Les disciples sont des boulets pour nous. Mes disciples américains m’ont donné tant de cheveux gris pendant ce voyage en Inde. Je vois que Yogi Ramaiah a pris encore plus de cheveux gris par vous que m’en ont donné mes disciples !  »

Quelques semaines après, en tant que représentant de Yogi Ramaiah, j’ai assisté à une réunion pour discuter des moyens de ramener d’Inde 1000 sadhus à la première Kumba Mela prévue en Amérique. Yogi Bhajan et Swami Vishnudevananda (disciple de Swami Sivananda) y assistaient ; c’était à l’ashram de Swami Satchidananda (également un disciple de Swami Sivananda) à Hollywood. La réunion était convoquée par Charles Berner. Par la suite cependant, cette Kumba Mela prévue a été annulée car les besoins logistiques étaient trop ambitieux.

Yogi Bhajan a prononcé le discours << présidentiel >> au << 16ème Parlement International de Babaji sur les Religions Mondiales et le Yoga >>, que nous avons organisé en novembre 1970, à l’Université de Californie à Los Angeles et auquel de nombreux autres gourous indiens et maîtres spirituels célèbres ont assisté. Yogi Ramaiah et Yogi Bhajan ont continué à soutenir leur travail respectif pendant de nombreuses années et j’ai rencontré Yogi Bhajan à plusieurs reprises par la suite, lors de mes voyages. Yogi Ramaiah a exprimé sa grande admiration pour Yogi Bhajan en tant que maître du kundalini yoga. Il a également manifesté son appréciation pour les similitudes entre nos deux traditions spirituelles qui soulignent toutes deux une manière de vivre responsable envers sa famille, qui contribue professionnellement aux besoins matériels et spirituels de la société, le fait de ne pas se couper les cheveux ou la barbe, de s’habiller uniquement de vêtements blancs et des similitudes dans nos pratiques yogiques.

Question à Durga : Comment les enseignements de Yogi Bhajan t’ont-ils aidé sur ton chemin ?
Réponse : Les enseignements de Yogi Bhajan m’ont aidée non seulement à comprendre, mais aussi à faire l’expérience de l’ importance du Yoga physique comme moyen de cibler les blocages dans les canaux subtils du corps. J’ai vu à quel point la purification était importante, avant que l’on ne tente consciemment d’élever la kundalini. Pendant environ 8 ans, j’ai eu une pratique personnelle très disciplinée et intense, mais également joyeuse, de Yoga Kundalini tel que Yogi Bhajan l’a enseigné. Et pendant cette période, j’ai fait l’expérience de la libération d’une grande part de mon bagage émotionnel, d’inertie et d’agitation mentale profondément enracinés depuis longtemps. La purification a commencé presque dès le début de ma pratique .

Le Yoga Kundalini a accompli en quelques années à peine, ce que 15 années de Sivananda Yoga et des années de méditation n’avaient pas fait. Au travers des pratiques de kundalini, j’ai pu découvrir et libérer de la colère et de la tristesse dont j’avais été totalement inconsciente. Les techniques dynamiques provoquent de l’empuissancement et ont stimulé l’intuition et l’inspiration dont j’avais besoin pour accomplir des changements personnels nécessaires, afin d’aller de l’avant dans ma vie et d’entrer dans mon dharma.

Le Kriya Yoga de Babaji m’a permis de mieux réaliser mon dharma et a ouvert mon coeur et mon esprit d’une manière que le Yoga Kundalini n’avait pas fait, … mais sans le Yoga Kundalini, je me demande combien de temps il m’aurait fallu pour découvrir toutes les émotions enchevêtrées de colère et de tristesse et parvenir à les laissez aller. Ce n’était pas  facile, c’était même douloureux d’avoir à faire face à toute cette tristesse. Mais cela a été dissous entièrement, avec peu de résidus. Et le Yoga Kundalini m’a offert tant d’énergie et de dynamisme.

En outre, les enseignements de Yogi Bhajan m’ont aidée à prendre conscience que certaines parties de la  personnalité, des aspects que je considérais comme une force et dont j’étais fière, étaient des obstacles majeurs à ma paix ultime, à mon équanimité et à mon potentiel. Et donc ces aspects aussi je devais les laisser aller… au travers des pratiques de Yoga Kundalini, j’étais capable de faire
cela.

Interview avec Sat Santokh Singh, février 2014

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Yogi Bhajan l’appelait « Baba », Sat Santokh Singh est devenu un parrain pour de nombreuses personnes qui ont abandonné leurs blessures inaccessibles entre ses mains. Dans quelle mesure ses nombreuses années de sadhana (discipline) de Kundalini Yoga l’ont-ils amené là et en quoi les guérisons qu’il contribue à manifester font-elles avancer l’humanité ? En amont des enseignements qu’il donnera en France à l’été 2014 (plus d’infos via assoyogash@gmail.com), il répond à nos questions.

Le travail de guérison de Sat Santokh Singh est basé sur des “Voyages” que chacun fait pour soigner ses “Blessures de Vie”, autant d’obstacles pour valoriser et honorer le Soi/Infini dans sa vie. Par le biais des enseignements de Sat Santokh Singh, de ses histoires et de sa présence, d’exercices de Kundalini Yoga et de petits groupes de pratique de conscience, les participants sont préparés à s’abandonner à des expériences intérieures intenses. Ils sont aussi invités à intégrer leur expérience et à aller plus loin, au travers d’une pratique a posteriori. Les Voyages eux-mêmes prennent place dans des états de conscience élargis, rendus possibles par l’accompagnement des participants et le développement d’une attitude dévotionnelle, dans la Grâce de Guru Ram Das. Chacun entre en contact direct avec ses propres blessures et est guidé par le facilitateur pour réintégrer la partie de lui qui a manqué de reconnaissance et d’amour.

Question: Yogi Bhajan disait parfois qu’il méditait et reprochait à Dieu le fardeau de souffrance de l’être humain. Tu mentionnes aussi être souvent passé par cette expérience, notamment en relation à l’histoire de ta lignée juive. Comment la pratique de Kundalini Yoga – et en particulier, son aspect dévotionnel (bhakti) – t’a-t-elle aidé à
accéder à l’acceptation complète et à la paix intérieure profonde ?

Je dois d’abord être clair : Je n’ai pas d’ « acceptation complète » ou d’abandon complet, il s’agit plutôt d’un travail en cours. Pendant de nombreuses années, j’ai été bien en colère contre le Divin pour toute la souffrance humaine sur la planète, à commencer par ma conscience de l’Holocauste Juif quand j’avais six ans (1945). J’en suis venu à comprendre que ma colère envers Dieu était un obstacle substantiel aux gains d’une pratique dévotionnelle de bhakti yoga. Je n’étais pas capable de lâcher la colère jusqu’à ce que je puisse lâcher la peur sur laquelle elle était fondée. Une fois que j’ai été clair sur le besoin de lâcher cette peur, qui pouvait être résumée comme la peur que la joie, la paix et le contentement ne soient pas possibles, j’ai été capable d’être guidé dans un voyage guérisseur « Guérir les Blessures de la Vie – la Valeur de Soi », par certains de mes élèves qui ont été formés pour guider ce processus. Je dois ajouter que j’ai, comme partie de ma pratique quotidienne, chanté 11 minutes par jour pour Guru Ram Das, que Yogi Bhajan nous (ses élèves) présentait comme notre lien à l’infini (« Chaîne dorée »). C’est cette prière qui m’a donné accès au travail guérisseur, en me montrant comment être un véhicule pour le flot de l’énergie divine de guérison. Une fois écartée la peur basée sur la colère envers le Divin, j’ai été capable de passer de plus en plus de temps en sa
présence, autant dans son aspect ‘sans forme’ que dans certaines de ses formes, comme Guru Ram Das et la Mère divine. La pratique quotidienne de la sadhana m’a donné un endroit pour me connecter à l’infini et voir ma vie depuis cette perspective élevée, puis m’a rendu capable de comprendre ce qui avait une valeur durable et ce qui était transitoire et sans substance.
Question: Les voyages que tu aides à faire advenir entraînent des mutations profondes dans les êtres qui les réalisent. Dans quelle mesure cela change-t-il leurs vies et, en conséquence, nos sociétés qui ont généré ou cultivé leurs souffrances? Par exemple, toi et/ou tes étudiants poursuivez-vous l’édification de projets communautaires pour
proposer de nouveaux exemples de vivre ensemble dans le futur ?

Oui, nous souhaitons établir un centre de formation résidentiel avec un programme d’un an, peut-être deux, que je vois maintenant comme une « Formation de l’Être Total ».
SOIGNER SES BLESSURES : c’est par là qu’il faut commencer pour être efficace dans ce que nous souhaitons accomplir dans le monde et dans nos vies. Pour réussir, on doit être capable de s’en donner la permission, ce qui requiert de changer les histoires qui nous disent, dans nos subconscients, que ‘nous ne le méritons pas’, que ‘nous ne sommes pas assez bien’, ‘avons besoin de nous le prouver’, etc. Il est utile, quand on travaille avec d’autres personnes, de ne pas avoir besoin d’être meilleur qu’elles, et d’être capable d’accepter le conseil et la critique sur notre travail sans que cela n’atteigne notre valeur essentielle.

APPRENDRE À AIDER LES AUTRES À SOIGNER LEURS BLESSURES :
– Dans mon expérience, demeurer en présence des autres dans l’espace de guérison ‘Valeur de Soi’ a ouvert mon coeur et m’a permis de voir l’innocence essentielle de simplement être humain, de réaliser que quelque soit le comportement erratique que la personne manifeste, cela prend racine dans la manière dont elle était traitée comme enfant. Et ce savoir n’est pas le demi-savoir intellectuel, mais un savoir de l’être complet, basé sur l’esprit et le coeur.
– Il existe également un aspect critique de la construction d’équipe, bien qu’encore méconnu dans le monde. J’ai longtemps été très attentif à la dynamique de construction d’équipe et de communauté, et j’ai vu que même dans les communautés les plus conscientes et aimantes, il y a toujours un jeu subtil autour du statut, de l’estime de soi, et du pouvoir. Mais, quand on tient l’espace de guérison ‘Valeur de Soi’ pour un autre
être humain, on devient inévitablement un avocat de son bien-être. Quand tous les joueurs de l’équipe tiennent l’espace de guérison pour un autre, un niveau complètement neuf de travail en équipe et en communauté devient possible.
– En marge de ceux d’entre nous dont les vies sont relativement fonctionnelles, il y a des millions de personnes autour du globe qui, dans la pauvreté, en prison, ou dans la prostitution, en sont arrivés à croire (dans leur subconscient) que c’est le lot de leur vie. Même s’ils aspirent peut-être à une vie plus gracieuse, ils sont pourtant bien souvent enchaînés à leurs messages intérieurs qui disent qu’ils ne sont ‘pas bien’, ‘inutiles’, ‘que rien ne marchera jamais’, etc. Certaines agences essaient de secourir ceux qui ont été vendus comme esclaves ou prostitués quand ils étaient enfants ; elles viennent en
aide à de nombreux types de réfugiés, aux enfants forcés à être soldats dans les zones de guerre ; mais comme n’importe qui qui aurait été traité si cruellement, ces personnes sont soit profondément en colère, soit plutôt écrasés au niveau de leur valeur essentielle ; eux tous auront besoin de soigner leurs blessures. Les aider à transformer leur tragédie en opportunité peut faire partie de notre action et leur permettre, si c’est leur souhait, de prendre en main leur pouvoir et devenir des guerriers paisibles qui se dédient à faire cesser de tels traitements envers les enfants, partout où ils se manifestent. (Réponse extraite, à sa demande, du livre que Sat Santokh Singh est en train d’achever)

Interview avec Gurudev Singh, juillet 2013

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Guru Dev Singh est originaire du Mexique. Il a étudié les traditions indigènes de son pays, notamment avec un indien Totonaque dont il est devenu le disciple. Dans les années 70, il a commencé la pratique du Kundalini Yoga. Aujourd’hui, la première mission de Guru Dev Singh est d’enseigner le Sat Nam Rasayan®, un art scientifique de guérison directement transmis par Yogi Bhajan, qui prend ses origines dans un état de profond silence intérieur nommé Shunya.

Question – Dans quelle mesure y a-t-il un problème à mélanger les pratiques traditionnelles ?

Vous ne pouvez pas éviter d’être touché par les différentes traditions. Voilà ce qu’il se passe : pour obtenir une expérience spécifique, il est très difficile de mélanger les systèmes. Il y a des structures intérieures aux différents systèmes qui permettent de garantir l’expérience qu’ils proposent. Je suppose qu’il y a des systèmes qui ne sont pas en conflit. Mais supposons que le Kundalini Yoga, tel que Yogi Bhajan l’a enseigné, soit une tradition non-dualiste. Alors, supposez que vous décidez d’avoir un contact avec le chamanisme, vous avez vraiment besoin d’ouvrir votre espace de tolérance, parce que c’est un état de conflit profond. Le conflit est que dans le chamanisme, vous localisez un endroit où Dieu est plus présent que dans un autre et à ce moment-là, vous avez produit une discrimination, alors vous êtes dans un état de dualité, que vous ne pouvez pas maintenir. En tout cas, le chamanisme aura un effet, de la même façon que le Kundalini Yoga a un effet. Le problème est comment éviter de vous trouver dans un paradoxe. Je pense qu’il est impossible de ne pas être en lien avec différentes traditions. Mais en tant que chercheur ou praticien d’une tradition spécifique, vous avez besoin de vous attacher à votre tradition d’une manière solide et non polluée.

Question – En quoi la voie spécifique du Kundalini Yoga permet d’atteindre un état
de conscience universelle ?

Au moment où vous dites cela, vous êtes déjà en conflit avec le non-dualiste. Dans votre déclaration, vous faites du dualisme. Y a-t-il une conscience qui n’est pas universelle ? Si vous dites que oui, vous êtes dualiste ; si vous dites que non, vous êtes non-dualiste. Alors, où est le problème ? Le problème n’est pas d’atteindre la conscience universelle parce qu’il n’y a pas de lieu où l’atteindre. Elle est déjà. Le problème est que vous êtes distrait et que vous regardez seulement un morceau de
cet état de conscience. Alors, que fait le Kundalini Yoga ? Le Kundalini Yoga casse la condition qui vous différencie. Il fonctionne d’une façon très simple : vous augmentez le niveau de tolérance du système pour contenir la relation. Et la source
principale est le Shunya. Shunya n’est pas juste un « Oh, allons en Shunya. » et on y est. Non, c’est une réalisation de soi en cet état. Comme Yogi Bhajan l’a enseigné, vous n’avez pas besoin d’« atteindre » Shunya, puisque Shunya « est » déjà. Le problème est : pouvez-vous le contenir ou non ? Et cela dépend du niveau de tolérance dans votre système. Cela inclut le système nerveux, mais dépend aussi de votre système glandulaire et de comment vos canaux sont ouverts ou que vous êtes contracté. Toute la pratique de Kundalini Yoga est pour cette expérience. Et il n’y a pas un moment où vous commencez, ou un moment où vous finirez. L’expérience
arrive au moment où l’expérience arrive. Ce n’est pas comme si vous deviez passer par un processus pour arriver à un certain endroit. Vous êtes déjà là. Le problème est : en êtes-vous conscients ou non ? Alors, qu’avez-vous besoin de faire ? Vous avez besoin de nettoyer vos conditions qui ne vous permettent pas d’être conscient d’où vous êtes, et cela est le Kundalini Yoga. Et où le Kundalini Yoga se termine-t-il ? Au moment où vous fusionnez, quand vous et le Tout êtes non différenciés.