Interview avec Sat Santokh Singh, février 2014

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Yogi Bhajan l’appelait « Baba », Sat Santokh Singh est devenu un parrain pour de nombreuses personnes qui ont abandonné leurs blessures inaccessibles entre ses mains. Dans quelle mesure ses nombreuses années de sadhana (discipline) de Kundalini Yoga l’ont-ils amené là et en quoi les guérisons qu’il contribue à manifester font-elles avancer l’humanité ? En amont des enseignements qu’il donnera en France à l’été 2014 (plus d’infos via assoyogash@gmail.com), il répond à nos questions.

Le travail de guérison de Sat Santokh Singh est basé sur des “Voyages” que chacun fait pour soigner ses “Blessures de Vie”, autant d’obstacles pour valoriser et honorer le Soi/Infini dans sa vie. Par le biais des enseignements de Sat Santokh Singh, de ses histoires et de sa présence, d’exercices de Kundalini Yoga et de petits groupes de pratique de conscience, les participants sont préparés à s’abandonner à des expériences intérieures intenses. Ils sont aussi invités à intégrer leur expérience et à aller plus loin, au travers d’une pratique a posteriori. Les Voyages eux-mêmes prennent place dans des états de conscience élargis, rendus possibles par l’accompagnement des participants et le développement d’une attitude dévotionnelle, dans la Grâce de Guru Ram Das. Chacun entre en contact direct avec ses propres blessures et est guidé par le facilitateur pour réintégrer la partie de lui qui a manqué de reconnaissance et d’amour.

Question: Yogi Bhajan disait parfois qu’il méditait et reprochait à Dieu le fardeau de souffrance de l’être humain. Tu mentionnes aussi être souvent passé par cette expérience, notamment en relation à l’histoire de ta lignée juive. Comment la pratique de Kundalini Yoga – et en particulier, son aspect dévotionnel (bhakti) – t’a-t-elle aidé à
accéder à l’acceptation complète et à la paix intérieure profonde ?

Je dois d’abord être clair : Je n’ai pas d’ « acceptation complète » ou d’abandon complet, il s’agit plutôt d’un travail en cours. Pendant de nombreuses années, j’ai été bien en colère contre le Divin pour toute la souffrance humaine sur la planète, à commencer par ma conscience de l’Holocauste Juif quand j’avais six ans (1945). J’en suis venu à comprendre que ma colère envers Dieu était un obstacle substantiel aux gains d’une pratique dévotionnelle de bhakti yoga. Je n’étais pas capable de lâcher la colère jusqu’à ce que je puisse lâcher la peur sur laquelle elle était fondée. Une fois que j’ai été clair sur le besoin de lâcher cette peur, qui pouvait être résumée comme la peur que la joie, la paix et le contentement ne soient pas possibles, j’ai été capable d’être guidé dans un voyage guérisseur « Guérir les Blessures de la Vie – la Valeur de Soi », par certains de mes élèves qui ont été formés pour guider ce processus. Je dois ajouter que j’ai, comme partie de ma pratique quotidienne, chanté 11 minutes par jour pour Guru Ram Das, que Yogi Bhajan nous (ses élèves) présentait comme notre lien à l’infini (« Chaîne dorée »). C’est cette prière qui m’a donné accès au travail guérisseur, en me montrant comment être un véhicule pour le flot de l’énergie divine de guérison. Une fois écartée la peur basée sur la colère envers le Divin, j’ai été capable de passer de plus en plus de temps en sa
présence, autant dans son aspect ‘sans forme’ que dans certaines de ses formes, comme Guru Ram Das et la Mère divine. La pratique quotidienne de la sadhana m’a donné un endroit pour me connecter à l’infini et voir ma vie depuis cette perspective élevée, puis m’a rendu capable de comprendre ce qui avait une valeur durable et ce qui était transitoire et sans substance.
Question: Les voyages que tu aides à faire advenir entraînent des mutations profondes dans les êtres qui les réalisent. Dans quelle mesure cela change-t-il leurs vies et, en conséquence, nos sociétés qui ont généré ou cultivé leurs souffrances? Par exemple, toi et/ou tes étudiants poursuivez-vous l’édification de projets communautaires pour
proposer de nouveaux exemples de vivre ensemble dans le futur ?

Oui, nous souhaitons établir un centre de formation résidentiel avec un programme d’un an, peut-être deux, que je vois maintenant comme une « Formation de l’Être Total ».
SOIGNER SES BLESSURES : c’est par là qu’il faut commencer pour être efficace dans ce que nous souhaitons accomplir dans le monde et dans nos vies. Pour réussir, on doit être capable de s’en donner la permission, ce qui requiert de changer les histoires qui nous disent, dans nos subconscients, que ‘nous ne le méritons pas’, que ‘nous ne sommes pas assez bien’, ‘avons besoin de nous le prouver’, etc. Il est utile, quand on travaille avec d’autres personnes, de ne pas avoir besoin d’être meilleur qu’elles, et d’être capable d’accepter le conseil et la critique sur notre travail sans que cela n’atteigne notre valeur essentielle.

APPRENDRE À AIDER LES AUTRES À SOIGNER LEURS BLESSURES :
– Dans mon expérience, demeurer en présence des autres dans l’espace de guérison ‘Valeur de Soi’ a ouvert mon coeur et m’a permis de voir l’innocence essentielle de simplement être humain, de réaliser que quelque soit le comportement erratique que la personne manifeste, cela prend racine dans la manière dont elle était traitée comme enfant. Et ce savoir n’est pas le demi-savoir intellectuel, mais un savoir de l’être complet, basé sur l’esprit et le coeur.
– Il existe également un aspect critique de la construction d’équipe, bien qu’encore méconnu dans le monde. J’ai longtemps été très attentif à la dynamique de construction d’équipe et de communauté, et j’ai vu que même dans les communautés les plus conscientes et aimantes, il y a toujours un jeu subtil autour du statut, de l’estime de soi, et du pouvoir. Mais, quand on tient l’espace de guérison ‘Valeur de Soi’ pour un autre
être humain, on devient inévitablement un avocat de son bien-être. Quand tous les joueurs de l’équipe tiennent l’espace de guérison pour un autre, un niveau complètement neuf de travail en équipe et en communauté devient possible.
– En marge de ceux d’entre nous dont les vies sont relativement fonctionnelles, il y a des millions de personnes autour du globe qui, dans la pauvreté, en prison, ou dans la prostitution, en sont arrivés à croire (dans leur subconscient) que c’est le lot de leur vie. Même s’ils aspirent peut-être à une vie plus gracieuse, ils sont pourtant bien souvent enchaînés à leurs messages intérieurs qui disent qu’ils ne sont ‘pas bien’, ‘inutiles’, ‘que rien ne marchera jamais’, etc. Certaines agences essaient de secourir ceux qui ont été vendus comme esclaves ou prostitués quand ils étaient enfants ; elles viennent en
aide à de nombreux types de réfugiés, aux enfants forcés à être soldats dans les zones de guerre ; mais comme n’importe qui qui aurait été traité si cruellement, ces personnes sont soit profondément en colère, soit plutôt écrasés au niveau de leur valeur essentielle ; eux tous auront besoin de soigner leurs blessures. Les aider à transformer leur tragédie en opportunité peut faire partie de notre action et leur permettre, si c’est leur souhait, de prendre en main leur pouvoir et devenir des guerriers paisibles qui se dédient à faire cesser de tels traitements envers les enfants, partout où ils se manifestent. (Réponse extraite, à sa demande, du livre que Sat Santokh Singh est en train d’achever)