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Les Yawanawa face au Covid, août 2020

S’immerger d’avantage dans l’univers des Peuples d’Amazonie et découvrir l’appel de moines bouddhistes à les soutenir: https://www.youtube.com/watch?v=zSSCOPAATu0

Les Yawanawa face au Covid… Echanges inspirants avec le chef Yawanawa, 28 aout 2020

« Bonjour Solen. Bonsoir. Je sais qu’il est déjà tard en France.

Nous, comme tu le sais, sommes dans un moment très délicat au Brésil. On a un gouvernement anti-indigène, qui a inspiré la violence envers les peuples indigènes, de nombreux assassinats au Brésil de leaders indigènes, pour prendre les territoires, de nombreuses invasions de garimpeiros (chercheurs clandestins d’or), de bûcherons dans les aires indigènes… des fazendeiros envahissant les terres et tuant les personnes pour donner continuité à leurs fermes. On a un gouvernement complètement anti-indigène au Brésil. J’ai 56 ans, je n’ai jamais vu un gouvernement autant contre les peuples indigènes. Le gouvernement de la dictature n’avait pas massacré autant d’indiens que ce gouvernement. Cela ne suffit pas qu’il y ait ce moment de problèmes politiques, il y a aussi cette pandémie du Coronavirus. On a perdu et on continue de perdre, par cette pandémie, de nombreux leaders qui ont formé le mouvement indigène.

Nous, les Yawanawa, avons mis une grande attention pour ne pas être contaminés. Mais ce virus est entré sur notre terre indigène et a contaminé de nombreuses personnes. On a perdu une personne importante, mon oncle, le fils du grand-père Antonio Luiz qui avait réalisé le « contact », mon oncle Xico, mais cela a été dû à un manque d’attention de notre part. Nous sommes aujourd’hui huit villages sur la terre indigène. La famille a eu très peur, n’a pas eu le courage d’assumer et de prendre soin. Nous nous sommes reconnectés à notre énergie avec nos médecines. Nous, sans informatique, sans avoir lu sur les périodes d’incubation, sans aucun remède, avons soigné tout notre peuple avec notre médecine. Je crois que 60 à 80% des Yawanawa ont été contaminés. J’ai été contaminé. J’ai été infecté par ce virus. Mais notre spiritualité et notre médecine ont tenu la barre fermement, sortant notre peuple d’un possible effondrement qui aurait pu signifier l’extermination tel que cela est arrivé par le passé. On a repris nos médecines. On a eu très peur. Mais maintenant on a beaucoup de courage.

Mais on ne reçoit plus de personnes de l’extérieur. Les personnes nous aidaient à acheter de l’essence, du matériel pour travailler, des munitions, tout ce que nous utilisons du monde occidental, au travers des retraites et des festivals qui touchaient leurs vies. C’était notre rémunération et cela s’est arrêté. Aujourd’hui nous n’avons plus de rémunération et jusqu’à la fin de cette année nous n’allons plus recevoir personne. Nous ne sortons pas non plus pour travailler. Nous avons donc une certaine difficulté. Nous avons de la nourriture. Nous avons beaucoup de bananes, de manioc, de maïs. Mais il nous manque certaines choses. Nous maintenons l’isolement car de nombreuses personnes n’ont pas été contaminées. On passe cette période comme nous le pouvons. Je suis content que tu fasses ce contact avec moi et que tu me rapportes que certaines personnes souhaitent aider. J’espère que réellement elles peuvent nous aider et que nous puissions leur rendre un jour avec respect et tendresse dans notre forêt.

(…)

Au début quand notre peuple a fait le contact avec l’homme blanc, nous ne connaissions pas cette maladie de la grippe, de la toux et les autres. Ensuite est venue la tuberculose puis l’hépatite. Le cancer plus récemment. La grippe a tué de nombreux peuples amérindiens. Notre peuple a développé de nombreuses études pour traiter notre famille. Les gens connaissent déjà cette maladie, ses esprits.

Par exemple, quand la pandémie est arrivée, j’ai fait une pratique de prière pour plus de 140 enfants. Nos enfants se lèvent et se couchent ensemble, côte à côte. Aucun de nos enfants n’a été malade. Les vieux, anciens, qui sont considérés comme personnes à risque, on leur a aussi soufflé nos prières. Le seul ancien que nous avons perdu est celui de ce premier village où la prière n’avait été faite, car le village était éloigné du nôtre.

Aujourd’hui, c’est moi et Matsini qui travaillons à la prière de guérison pour le peuple Yawanawa, personne d’autre… Cela a véritablement permis de sauver notre peuple, avec nos médecines ancestrales. Nous avons des inhalations pour le nez bouché, pour le mal de tête, la fièvre, l’épilepsie… cette maladie est spirituelle, pour la plus grande partie. Mais les médecins ont dû lui donner un nom, la science a dû lui donner un nom…

(…)

En vérité, Solen, à ceux qui pensent nous aider : nous aimerions faire des plantations médicinales de notre connaissance, de plantes qui se perdent et qui nous ont sauvé de cette pandémie. Si nous avions dépendu des remèdes industriels, notre peuple se serait éteint. Mais grâce à Dieu, nous avons nos connaissances. Je voudrais faire un jardin médicinal, une agro-forêt et des plantations, pour prévenir d’autres pandémies et d’autres moments de difficultés à venir. Je veux une donation pour acheter des équipements et faire de grands espaces dédiés à nos médecines. »

S’immerger d’avantage dans l’univers des Peuples d’Amazonie et découvrir l’appel de moines bouddhistes à les soutenir: https://www.youtube.com/watch?v=zSSCOPAATu0