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Froid & Kundalini Yoga

Interview de Mukhande réalisée par le magazine Esprit Yoga en novembre 2019

La saison froide a-t-elle une symbolique dans le kundalini yoga ? Porte-t-elle un potentiel pour le corps et l’esprit ?

Les êtres qui ont généré ce qu’on appelle le Yoga aujourd’hui se sont concentrés longuement dans des espaces isolés, notamment les hautes montagnes himalayennes. La vie simple en montagne leur offre le silence. Elle invite au détachement et aux pratiques ascétiques (« tapas ») qui transforment leurs habitudes humaines non conscientes. Le froid est symbolique de leur introspection, de leur retour à eux-mêmes pour y trouver, par force d’engagement et d’aspiration le long d’une ascension ardue, le foyer éternel de leur identité véritable.

Yogi Bhajan, fondateur du Kundalini Research institute, a raconté que lorsqu’on meurt, on présente à l’âme deux choix de destination. Le premier univers est représenté par un pub-restaurant certes d’apparence chaleureuse et lumineuse d’extérieure, mais rempli d’aliments éloignant l’âme de sa pureté originelle. Il est le lieu des sens tournés vers l’extérieur, nourris par des objets éphémères, où l’être se perd dans l’identification et la loi de cause à effet (« karma »). Le second univers est représenté par un paysage tout blanc, enneigé, glacé : le froid est associé à la pureté de l’impulse de l’âme : si l’âme est prête pour se tourner spontanément vers cette destination à la mort, elle est libérée de ses retours incessants à la naissance, à l’impermanent et aux chaînes de la souffrance…

D’un point de vue physiologique, le fameux Iceman (« Homme de glace »), Wim Hof, participe, avec ses étudiants, à de nombreuses études démontrant comme l’exposition graduelle au froid (accompagnée d’une préparation mentale et respiratoire de type yoguique) permet d’impacter extraordinairement et positivement les systèmes nerveux autonome, immunitaire et cardiaque et la sensation générale de bien-être.

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  1. Au niveau du corps physique, y a-t-il des pratiques de posture ou de pranayama recommandées pour cette saison ?

Yogi Bhajan a enseigné un séquencement d’exercices yoguiques (« kriya »)appelé Surya Kriya, du nom du Soleil, « Surya ». Ce kriya a pour objet d’activer l’énergie solaire. Les résultats attendus sont une stimulation générale de l’énergie positive ; un état plus expressif, extraverti, enthousiaste ; un esprit clair, analytique, orienté sur l’action et focalisé sur plusieurs tâches ; une meilleure digestion.

Le kriya commence par 5 minutes de respiration lente et profonde par la narine droite. Cette respiration peut d’ailleurs être pratiquée de manière isolée, quelques minutes par jour, pour stimuler l’énergie solaire dans le corps subtil et ses méridiens, ainsi que l’acuité mentale – elle est transversale au Hatha Yoga (yoga plus classique) et au Kundalini Yoga.

Le kriya continue par deux fois 5 minutes de Sat Kriya, un exercice ouvrant la vanne du troisième chakra, lié à l’élément Feu. On est agenouillé, assis sur les talons, mains jointes au-dessus de la tête, on répète Sat (Vérité) en tirant le nombril vers la colonne et vers le haut, puis Nam (Identité) en relâchant le ventre. Retrouvez cet exercice, pouvant également être pratiqué de manière isolée, sur mon blog ici.

Puis nous stimulons bien toute la colonne pour y faire circuler l’énergie précédemment éveillée. Nous pratiquons 108 flexions de la colonneen assise jambes croisées : on agrippe la cheville avant, on cambre en inspirant, on arrondit en expirant, la tête restant face, comme fixant l’horizon. Nous continuons à sublimer l’énergie sexuelle avec la pratique de 26 postures de la Grenouille : accroupi, talons joints au-dessus du sol, doigts des mains à terre entre les jambes, on inspire en montant les fessiers, tête relâchée, on expire en revenant accroupi, regard face. Nous stimulons encore d’avantage la circulation de l’énergie dans la tête avec les mouvements de la nuque pendant 3 minutes : inspire la tête à gauche, expire la tête à droite. Nous distribuons bien l’énergie dans tout le corps et équilibrons le champ magnétique avec les pliures latérales de la colonne pendant 3 minutes : mains sur les épaules, coudes à hauteur des épaules, inspire en te penchant vers la gauche, expire en te penchant vers la droite, le buste se ployant dans un plan perpendiculaire à la terre.

Nous terminons en nous stabilisant par une méditation de 6 minutes, nombril rentré vers la colonne, périnée engagé, toute l’attention porté au point entre les sourcils. On inspire en répétant intérieurement Sat(Vérité), on expire en répétant intérieurement Nam(Identité).

Attention : les pratiques de Kundalini Yoga telles qu’enseignées par Yogi Bhajan doivent être réalisées dans un espace dédié, ouvert et fermé par le chant de mantras nous reliant à un certain état de conscience, une intention claire et un héritage vibratoire intergénérationnel. Voir comment chanter l’Adi Mantra ici.

 

  1. L’automne et l’hiver sont connus pour être des saisons qui peuvent conduire à une agitation mentale, de la mélancolie, de la déprime… Y a-t-il des pratiques de mantras, de mudras ou autre, qui sont bénéfique pour stabiliser le mental, amener de la joie et du contentement ?

Je vais répondre en revenant aux enseignements du Kriya Yoga de Babaji qui est une synthèse du Yoga classique et du Yoga tantrique, basé sur les enseignements des Siddhas, maîtres de la voie ésotérique et alchimique Yoga Kundalini.

Dans ce corpus d’enseignements, nous apprenons que d’une manière générale, la stabilité mentale s’acquiert par la pratique d’exercices respiratoires faisant circuler l’énergie pranique (i.e. énergie vitale). Dans le Kriya Yoga, nous appelons ces exercices « Kundalini Pranayama ». Yogi Bhajan a transmis un exercice respiratoire proche des enseignements du Kriya Yoga, nommé Sahej Kriya : nous inspirons lentement et profondément en imaginant l’énergie vitale remonter la colonne vertébrale, passer dans la tête et ressortir par le nez, puis nous expirons lentement et profondément en imaginant l’énergie vitale passer par le nez, dans la tête puis redescendre par la colonne ; en même temps, on inspire en répétant intérieurement Maha Kaal(« le grand Flux »), on expire en répétant intérieurement Kaal Ka(« le Flux de la Kundalini »).

Pour le contentement, le Yoga recommande clairement la pratique continue du détachement. L’assouvissement des désirs mondains et sensoriels ne peut apporter qu’une satisfaction éphémère, car cet assouvissement est rapidement fini et fait place à un nouveau désir, ou bien est accompagné de la préoccupation qu’il (l’assouvissement) ne dure pas. Le détachement se pratique en s’asseyant intérieurement dans une conscience de « témoin » : on observe les choses telles qu’elles sont, sans réagir, sans discuter. Il y a dans cette conscience témoin la voie de la paix, de la sérénité et de la joie spirituelle « Ananda ». Pratiquer le Kundalini Yoga de Yogi Bhajan sans ce détachement intérieur peut se révéler dangereux, car cela éveille un pouvoir sans sagesse. Gurudev Singh insiste beaucoup sur cet aspect au travers de son enseignement du « SatNam Rasayan », où les kriyas de Yogi Bhajan sont pratiqués avec la précaution d’une grande écoute, un silence intérieur consistant.

 

  1. Que faut-il absolument éviter pendant cette période de l’année selon le kundalini yoga ?

Il faut éviter de ne pas pratiquer ! Si vous êtes empreints d’inertie, nourrissez votre âme motrice de votre volonté profonde en étudiant des textes spirituels inspirants ou en chantant de manière dévotionnelle à Shiva, Guru Ram Das ou la Nature de Terre Mère…

Il faut éviter également de prendre de longues douches chaudes ! La douche froide était reconnue en Grèce ancienne pour ses bienfaits sur la santé jusqu’à ce que l’eau chaude devienne un confort indiscutable. La douche froide n’est pas recommandée aux femmes qui ont leur cycle, ni aux personnes malades. Pourtant en dehors de ces cas, on devrait, pour notre santé publique et l’écologie de la planète !, s’habituer nouvellement à se laver à l’eau froide. On pourra commencer par se laver simplement les pieds à l’eau froide le soir avant de se coucher.

 

  1. Y a-t-il des préconisations particulières pour le système immunitaire ? Qu’est-il possible de faire pour le maintenir au meilleur de sa forme ?

Le système immunitaire peut être stimulé, d’après l’Ayurveda (repris dans l’Humanologie de Yogi Bhajan), par la combinaison des trois racines, « Trinity Roots » : gingembre, curcuma et ail. Quand nous sommes malades ou affaiblis, nous pouvons faire une monodiète du plat traditionnel Kitchari : riz, haricots mungo et légumes prédigérés par une longue cuisson, avec ces trois racines.

Ma vision du système biologique humain est qu’il contient une dimension de perfection latente pouvant répondre à tous ses besoins de manière autonome. C’est la vision cible du Yoga qui signifie Union, comme réunion des opposés, union du Ciel et de la Terre, de la Conscience et de la Matière, du divin et du profane. Donc pour être au meilleur de notre forme, nous pouvons nous tourner vers cette dimension de perfection en nous et lui demander, ô Divine Unité Intérieure, de nous habiter pleinement, de prendre une place dominante en nous, de nous nourrir, de nous guérir, de nous maintenir stable et fort pour traverser les passages sombres et froids de l’épopée humaine.

 

 

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Les Sutras du Kriya Yoga de Patanjali et les Siddhas, Govindan Marshall

Extrait offert par l’auteur pour compléter la réflexion sur le détachement

abhyàsa-vairàgyàbhyàm tan-nirodhah

Grâce à la pratique constante et au détachement, [émerge] la cessation [de l’identification avec les fluctuations de la conscience].

Patanjali décrit ici la méthode la plus importante du Kriya Yoga (voir les versets I.2 et II.2) pour nettoyer l’égoïsme qui provient de l’identification avec les fluctuations émergeant dans la conscience.

«Grâce à la pratique constante» (abhyàsa) fait référence à la concentration sur ce que l’on est, le Soi, ou dans le cas des exercices préparatoires, à la concentration sur des objets (parce qu’il est plus facile de se concentrer sur un objet que sur l’Absolu sans forme).

Le détachement (vairàgya) fait référence à la cessation de s’identifier avec ce que l’on n’est pas – les pensées qui passent, les émotions venant des sens ou des souvenirs. Au fur et à mesure que le pratiquant abandonne ces mouvements refoulés dans le subconscient qui sont supprimés par la pratique des techniques comme suddhi dhyàna kriyà ou par la répétition des syllabes racines sacrées (bãja mantras), il ne reste que la conscience pure, c’est à dire que le Soi devient manifeste. La pratique constante peut être comparée à une personne écopant l’eau dans une barque qui coule.

Si on arrête de porter son attention sur ce Soi pur et conscient, on est submergé irrésistiblement par la force et l’habitude de son égoïsme, tout comme on est submergé par l’eau qui s’engouffre dans la barque si on arrête d’écoper. La pratique constante signifie que l’on se souvient de l’Absolu suprême en plein milieu du spectacle et des changements en cours.

La pratique: (1) Gardez la perspective du Soi intérieur qui observe tout ce qui se passe. Cultivez le Soi, la conscience et la sensation de la Divinité intérieure. Installez-vous en Lui. Appréciez sa beauté qui pénètre toute expérience. (2) Laissez les pensées et les émotions, aller et venir sans changer cette perspective. Lâchez prise quand vous vous y attachez. (3) Apprenez et pratiquez suddhi dhyàna kriyà et les autres dhyàna kriyas pour ouvrir ou fermer les Neuf Ouvertures du corps humain, enseignés au troisième niveau du Kriya Yoga de Babaji.

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