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Le livre Un Nouveau Monde est en Marche

Contributions (ci-dessous) de Solen Penchèvre & Haru Kuntanawa (leader amazonien invité en France en collaboration avec l’association Yogash) au livre Un Nouveau Monde est en Marche de Laurent Muratet 

couv-livre-unmemUn Nouveau Monde est en Marche

Co auteurs Laurent Muratet et Etienne Godinot accompagnés par les témoignages de nombreuses personnalités : Pierre Rabhi, Matthieu Ricard, Christophe André, Stéphane Hessel, Jean-Marie Pelt, Thomas d’Ansembourg, Marc de Smedt…

Comprendre & Mieux vivre ce nouveau monde en marche :

L’agriculture et les menaces de crises alimentaires, la misère de centaines de millions d’êtres humains, l’empreinte écologique des sociétés industrielles, la perte de la biodiversité, le brevetage du vivant : voici des sujets gravissimes bien peu traités par la classe politique… 

Cet ouvrage présente l’histoire de la non-violencel’état du monde et les grands défis du troisième millénaire: l’écologie, la lutte contre la misère et le mal-développement, la nécessité d’un nouveau type de développement. Les questions du réapprentissage des valeurs de vie, de la transformation personnelle indissociable du changement sociétal, et des moyens de cette transformation sont autant de thématiques abordées.

Edité en 2012 aux éd. Yves Michel. Commander ici

(Extraits)

Vers l’extension du champ de conscience

Entretien avec Solen A.M.K. Penchèvre*

Pouvez-vous nous dire pourquoi avoir choisi d’enseigner le yoga après un parcours d’école de commerce ?

Je voulais changer le monde. Je n’ai pas trouvé comment m’y prendre à partir de l’école de commerce, les outils me semblaient creux, faux, compliqués, les objectifs inatteignables ou incertains. D’ailleurs on ne parlait pas vraiment de transformer le monde et je me sentais un peu isolée dans ma quête.

L’expérience du yoga m’a en quelque sorte donné raison : intérieurement j’ai eu la confirmation que mes aspirations étaient justes et que le monde était vraiment en crise. Or ce même yoga qui m’alimentait, je le voyais universel dans ses enseignements, pour une transformation rapide et profonde de la nature humaine.

Est-ce pour cela que vous avez choisi d’enseigner également le yoga en entreprise ?

Je me suis dit que si tout le monde faisait du yoga, le monde allait devenir plus sensible et plus paisible. J’avais aussi une sorte de poussée intuitive envers les entreprises et le yoga me semblait être la seule chose que je maîtrisais qui correspondait vraiment à qui j’étais et qui me mettait donc à l’aise pour réussir ma mission dans le monde de l’entreprise.

A votre avis, que peut apporter le yoga dans le monde de l’entreprise ?

De la douceur ! Un rythme, de la santé, clarté mentale, empathie, respect et reconnaissance ; un changement de valeurs, de culture d’entreprise et, par conséquent, un impact à terme sur la stratégie de l’entreprise ; de la créativité. In fine, on peut voir le yoga comme un outil de management des ressources humaines. Toutes les « nouvelles » techniques de développement personnel sont issues de traditions ancestrales comme le yoga ; pour des raisons culturelles, on omet souvent de le préciser, et pourtant, en revenant à la source, en puisant directement à la source des outils, on a accès à des systèmes intégraux et complets.

N’y a-t-il pas une incompatibilité entre le temps et la prise de distance qu’enseigne le yoga, et le monde de l’entreprise où l’on vit un temps que l’on pourrait qualifier d’accéléré ?

C’est justement face au stress croissant qu’on a besoin d’outils pour reconstruire rapidement notre relation au présent. A quoi sert de s’inquiéter de demain si on est déjà malheureux aujourd’hui ? Dans ce temps hors du temps, tous les temps se rejoignent et on est « synchronisés ». La pratique de la présence repositionne nos priorités. Le détachement développe paradoxalement une extra-sensibilité et une intuition dont nous avons de plus en plus besoin pour prendre des décisions en contexte de crise.

En quoi peut-on dire que la pratique du yoga permet-elle de se recentrer ?

Le yoga est un système complet qui comporte une variété de pratiques alliant des exercices physiques aux attitudes comportementales quotidiennes (la non-violence, la vérité) et à la méditation. L’objectif du yoga est la réalisation du soi, c’est-à-dire l’union avec une dimension latente intérieure de parfaite présence, conscience et sérénité. C’est cela qu’on peut appeler se « recentrer », retrouver sa véritable nature, être en posture de maîtrise, se connaître et être capable de s’exprimer.

Est-il exact de dire que c’est un travail sur plusieurs types de corps ?

La vision des cinq corps (voir plus bas) rappelle que l’être est constitué de différentes couches et qu’un travail sur soi à tous les niveaux de l’être permet gagner en efficacité… On n’augmente pas la rentabilité d’un organisme sans prendre en compte sa fragilité émotionnelle ou sans connaître ce qui peut le motiver intensément.

Est-il possible de transposer cela sur le fonctionnement d’une entreprise qui aurait fait une certaine prise de conscience ?

L’entreprise cherche effectivement à prendre en considération de plus en plus de niveaux de fonctionnements :

– le corps physique, niveau le plus grossier, pourrait représenter la structure de l’entreprise selon une lecture classique, c’est-à-dire comprenant les différents départements, finance, marketing, stratégie, achats, ventes, relations humaines, communication, etc., vision assez fragmentaire mais néanmoins nécessaire pour accéder à une première compréhension de son fonctionnement ;

– le corps émotionnel renverrait à l’intelligence émotionnelle du groupe, à la manière dont les motivations quotidiennes s’harmonisent, dont la communication interne s’établit ;

– le corps mental correspond aux capacités mentales (il faut arriver à intégrer l’activité des deux cerveaux !) des individus et du groupe dans son unicité ;

– le corps intellectuel fait référence au niveau plus subtil et intuitif du monde mental ; dans l’entreprise, il pourrait s’agir d’un niveau de non-dit, de formes-pensées inscrites dans la culture d’entreprise, de valeurs ; il pourrait s’agir aussi de la capacité télépathique des individus dans le groupe ;

– le corps spirituel est la qualité la plus raffinée du fonctionnement de l’organisme, quand il s’agit de se positionner dans une relation de service envers la communauté, d’agir dans l’amour et de savoir rester témoin : ici l’entreprise n’est vue que comme un stratagème de plus de l’univers pour permettre à l’être humain de se réaliser.

Je ne sais pas si certains groupes humains ont déjà réussi à intégrer en conscience ces différents niveaux ; cela nécessite que l’entreprise devienne une véritable expérience de vie et d’apprentissage intérieur.

Ceci me fait penser à l’expérience d’Auroville qui est allée loin dans l’intégration d’une intention hautement spirituelle et dans la concrétisation matérielle d’une organisation (comprenant d’ailleurs des structures entrepreneuriales).

La pratique du yoga, non-violente de nature, peut-elle paradoxalement permettre d’être plus fort dans le cas de conflit ?

La non-violence est subtile… L’un de mes enseignants disait que Gandhi était extrêmement violentquand il demandait aux foules de contenir leur violence face à ceux qui les abusaient. Pour être stable dans la non-violence, nous avons besoin d’une très grande maîtrise de nous-mêmes. Etre sensible aux horreurs et aux injustices du monde, aux drames et aux paradoxes de l’existence, à la solitude et au désespoir du chercheur de vérité, sans crier, sans pleurer, sans enrager… Est-ce possible ? Je crois que oui, avec la pratique… Nous atteignons progressivement un nouveau seuil de sensibilité, nous voyons les choses comme parties du Grand Tout et nous avons plus de facilité à les accepter. Nous ressentons, simplement, sans nous accrocher aux émotions négatives, nous les laissons passer comme des sons, des vibrations. Je crois que des gestes, des attitudes peuvent émaner de nous à ce moment, que d’autres pourraient considérer comme de la violence, mais qui sont juste des mouvements en résonance, fluides, assumant leur position : regardez les maîtres d’arts martiaux ou les Sikhs qui ont pris les sabres pour défendre leurs droits, ils agissent à partir d’un état de complétude intérieure, ils combattent dans la paix et pour la paix. C’est une danse.

Plus largement, peut-on dire que nous sommes à une époque charnière de mutation, et que le yoga et la méditation sont des pratiques qui se répandent ?

Oui les centres de yoga poussent comme des champignons dans les grandes villes ! Nous sommes en constante évolution, mais on dit aussi, dans beaucoup de traditions, que notre période est particulièrement intense… L’information augmente de manière exponentielle, le système nerveux est d’ailleurs soumis à une très forte pression. Aujourd’hui, il devient facile de connaître, le défi est maintenant d’être dans l’expérience, de savoir. Yogi Bhajan disait de notre époque que la connaissance y serait criée sur les toits, mais que personne ne l’entendrait…

Quels messages peut-on retenir des traditions spirituelles venant de l’Inde ainsi que de celles issues du bassin amazonien à travers les chefs amérindiens ?

Peut-être ce que les deux ont en commun et qu’il nous manque ici, la considération d’une instance « supérieure » d’intelligence, de vie et de conscience. L’humilité d’honorer cette mystérieuse grandeur fondatrice de la création afin de pouvoir entrer en résonance avec elle. D’oser la reconnaître en soi, en son corps, en la Terre et en toute chose et de se laisser enchanter par elle…

Qu’avez-vous appris lors de vos séjours parmi eux et quel regard portez-vous en tant qu’occidentale à la fois sur leurs traditions et, par comparaison, sur notre société moderne ?

Je crois que mes séjours en terres indigènes m’ont ramené les pieds sur terre. La première fois j’avais demandé aux peuples de pouvoir m’isoler trois mois dans la jungle, seule avec la luxurieuse biodiversité d’Amazonie… Ils ont presque rigolé, peintures de guerre sur les joues, eux qui s’épuisent à exhorter leurs compatriotes dans les villes à freiner la déforestation. Ils m’ont toujours demandé pourquoi je voulais apprendre auprès d’eux et m’ont toujours aidée à réaliser ce que je voulais après avoir testé ma motivation. Ils ont été comme une famille, ils m’ont montré des relations humaines chaudes, complexes mais toujours ouvertes au pardon ; ils m’ont enseigné à peser le poids de mes mots et à reconnaître mon ignorance en côtoyant les plus anciens, ridés de sagesse intérieure.

Le lien créé entre les traditions amérindiennes et nos sociétés peut-il permettre d’appréhender ensemble un présent et un futur de manière créative ?

La fraternité indigène possède des outils thérapeutiques et évolutionnaires que nous ne connaissons pas ; j’ai voyagé sept ans en Amazonie dans une communauté des plus reconnues pour son pouvoir spirituel avant qu’elle m’offre de m’initier à l’un de ses secrets, un rituel de passage fondamental dans la formation des autorités spirituelles du peuple. Ces peuples savent comment ouvrir notre conscience rapidement et massivement, ils savent parler à la terre et aux règnes que nous détruisons afin d’en freiner l’extermination, ils savent comment ouvrir nos cœurs.

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Entretien avec Haru Kuntanawa 

Pouvez-vous vous présenter et nous dire quel est votre rôle au sein de votre communauté ?

Je m’appelle Haru. Je viens de l’Etat de l’Acre, du peuple Kuntanawa. Le peuple Kuntanawa est localisé dans la forêt amazonienne, au sud-ouest du Brésil.

Nous vivons près des frontières de trois pays : le Pérou, le Brésil et la Bolivie, avec une population d’environ 100 000 personnes composée de plusieurs peuples. Nous travaillons aujourd’hui sur des politiques de conseil sur la biodiversité, sur la protection des ressources naturelles, sur toutes formes de conseil.

J’apporte au monde un message que les autres êtres vivants ne réussissent pas à transmettre. Nous transmettrons un message que nous avons appris pendant toute notre vie et que nous devons transmettre.

Je me réfère à ceci : ce que je suis, ce que je fais, je le fais en tant que messager de la forêt, en tant que personne qui a une connaissance à apporter que le monde occidental ne possède pas.

Dans notre communauté, nous avons tous réalisé un ensemble d’actions de développement de différentes pratiques traditionnelles qui apportent une façon de vivre différente du mode de vie urbain. Une manière différente de se nourrir, de porter la notion de développement durable par rapport aux ressources naturelles, une façon de respecter l’environnement, considéré comme un tout et non pas comme un moyen. Et d’exploiter les ressources de la nature de manière responsable, en sachant ce que chaque chose représente pour chacun de nous.

Dans la communauté, nous avons pour mission de transmettre notre culture au monde extérieur. Mon travail a été intense pour préserver la culture, la tradition et les coutumes de nos peuples.

Quel regard portez-vous sur la société occidentale, notamment lors de vos voyages ?

Je perçois la société occidentale comme très différente de notre communauté. La vie dans notre communauté est une vie où tout le monde se connaît et participe. En Occident, je vois bien que les gens ne se connaissent pas. Ce fait a un impact direct sur la vie des gens et ne permet pas que les personnes se rapprochent les unes des autres. Je ne comprends pas comment des millions de personnes qui se croisent dans la rue n’arrivent pas à se parler, à se connaître. Pour moi qui vis une réalité très différente, cela me demande beaucoup d’imagination. Il m’est impossible de comprendre tout cela.

Ici, je vois que la réalité des gens est liée à un système qui tourne. C’est bien différent dans ma communauté où tous les membres s’organisent autour de la forêt.

Nous sommes attentifs aux cycles de la nature, aux transformations. Tant de choses arrivent naturellement. Nous sommes attentifs à la gestation du temps, aux saisons, nous n’avons rien modifié, c’est très naturel. Ici, à chaque seconde, il se passe des millions de choses. Donc, je ne comprends pas la pensée occidentale. Mais en même temps, je me préoccupe de savoir comment vous pouvez voir le monde sans prêter attention aux quelques êtres qui tentent de maintenir l’humanité vivante.

Quelle importance prêtez-vous à la dimension spirituelle pour un changement intérieur durable mais également collectif ? Est-ce que cette dimension spirituelle peut être assez puissante pour changer le monde ? En quoi les sagesses amérindiennes peuvent-elles influencer et guider les modes de vie occidentaux ?

L’Esprit en Occident est le même esprit que celui de la communauté d’ici. La terre est liée à l’Esprit. Il est différent des personnes. L’Esprit n’est pas une chose matérielle. C’est une chose spirituelle. Il a le pouvoir d’être présent dans tous les lieux. Il n’est pas présent dans une seule personne ou dans une seule communauté.

La façon dont l’Esprit peut aider ou agir dans différents lieux est aussi la manière dont les personnes le permettent. L’Esprit peut se manifester à l’intérieur de vous.

Donc, la spiritualité n’est pas séparée de la matière. Le monde spirituel est très lié au monde matériel. Vous devez équilibrer les deux choses. Vous devez savoir comment vous projeter en dehors de ce monde pour gérer les choses de cette réalité. Je vois qu’avec notre concept de « quête de vision », nous pouvons beaucoup aider le monde occidental à se souvenir de comment était cet Esprit et y revenir.

L’Esprit est lié à la Terre, mais quand on crée d’autres mécanismes qui interfèrent depuis la Terre ou le monde astral, on perd cet Esprit. Il est très lié à l’Esprit de la Terre. C’est pourquoi je vous dis que nous sommes tous reliés, que nous devons apprendre à vivre ensemble et retrouver une dimension qui nous permette de transmettre la connaissance, la sagesse, de réveiller parfois des personnes qui sont bien endormies dans leur cœur, dans leur mental et de les alerter. Je crois que nous avons beaucoup de choses à faire, mais la propre Nature elle-même est capable de réveiller l’humanité, la société occidentale et de faire en sorte que les gens aient ce respect de la nature, de l’Esprit de la Nature.

Quels échos et réponses complémentaires pourraient être apportées par les sociétés occidentales?

Comment les occidentaux, les Européens peuvent-ils aider l’Amazonie ? La part que vous pouvez faire est de nous aider à préserver les traditions, la culture des peuples premiers vivante, à œuvrer pour la protection de la forêt et de la biodiversité comme un tout à travers les projets sur lesquels nous travaillons et développons avec responsabilité et respect de la nature. Des projets et actions qui sont fondamentaux pour l’équilibre de la nature, pour l’utilisation responsable des ressources naturelles, en maintenant la culture et la tradition.

Qu’est-ce que l’Europe peut faire pour aider le Brésil, l’Amazonie ou les peuples de l’Amazonie ? Travailler directement avec les peuples premiers qui protègent, qui défendent la nature.

Aujourd’hui, nous avons des projets conçus à notre manière pour apprendre à manipuler la technologie et la pensée du monde moderne qui veut transformer l’idée conçue sur le papier en la mettant en pratique, comme nous le faisons.

Nous avons des projets équitables et responsables pour l’exploitation des ressources naturelles. Nous savons comment produire sans agresser l’environnement. C’est de cette façon que vous pouvez nous aider, à travailler au renfort de ces actions ensemble, de ces projets de développement, que ce soit par le biais d’un soutien technique, financier, ou de toute autre forme qui puisse donner une valeur ajoutée, comme des technologies pour pouvoir gérer la communication.

Et aussi… Il y a beaucoup de tension produite ici car tout est lié. Ce qui se passe en Europe influence l’Amazonie, influe également l’Asie et tous les autres endroits de la planète. L’influence existe de tous les côtés, les choses sont liées.

Donc, il est bon que vous voyiez, spécialement les industries, les entreprises, comment travailler de manière responsable, pas seulement à penser à produire. Penser à comment ce que vous allez produire va affecter l’environnement. Toujours penser comment vous allez réutiliser le produit après, comment vous allez le démonter et à quel moment, ce que vous allez en faire ensuite, comment vous allez vous en débarrasser, quelle quantité de déchets et quoi en faire, et comment vous allez gérer l’impact sur l’environnement dans lequel vous vivez.

Nous souhaitons vivement un dialogue, un échange de connaissances sur comment mettre en commun les prises de conscience des deux parties. C’est ainsi que, depuis l’Europe, vous pouvez aider l’Amazonie : vous pouvez investir la culture, les connaissances des peuples premiers pour que cette culture ne se perde jamais, ne s’éteigne jamais de la planète.

Est-ce que la non-violence est un précepte qui vous parle ? Si oui, comment est-elle déclinée dans votre culture ? Dans quel combat ?

Je crois beaucoup que la violence est générée par le fait que les personnes ne comprennent pas la façon dont d’autres êtres vivent. D’une manière générale, beaucoup de gens cherchent la paix. Cherchent la paix, mais où ? Or, la paix est à l’intérieur de nous. Pour avoir la paix, vous avez besoin de comprendre ce que les autres représentent dans le cycle de la Vie. Comment vous pouvez vous harmoniser avec différentes formes de vie. Beaucoup de gens parlent de violence et les personnes voient la violence envers les autres humains. Or, vous avez besoin de comprendre l’esprit de la violence. D’abord, ne pas violer les droits d’autres êtres vivants et préserver la vie. La paix est engendrée non pas par la guerre, le combat, mais par la compréhension. La paix est générée par la manière dont vous acceptez l’autre, dont vous apprenez à harmoniser les différences, à comprendre différents concepts, différentes cultures, différentes traditions, et c’est cette compréhension pour les autres qui, elle seule, sera capable de construire un monde de paix.

Pour le moment, les gens ne sont pas capables de comprendre ce concept, que la paix que vous voulez pour vous vous devez la donner aux autres, et que c’est ainsi que vous garantirez un monde de paix. Or comment donner la paix si vous n’êtes pas vous-même en paix ?

Vous devez d’abord être en paix vous-même pour construire la paix. La paix ne se résume pas à ces quatre lettres. Elle se réfère à bien plus que ça. Elle se réfère au sentiment qui est dans notre cœur. Elle commence par la conscience. Ensuite, elle s’étend et se transmet dans tout votre être. Puis elle finit par se transmettre aux autres.

Je comprends la paix de cette manière. La paix, pour moi, c’est d’abord d’être bien avec soi-même et ensuite de faire du bien aux autres pour que cette harmonie génère un monde de paix, soit un environnement de paix pour les gens et les êtres qui coexistent. Je crois beaucoup que la paix puisse être générée par la conscience.

Comment voyez-vous l’avenir des populations de la planète et notamment de vos peuples ? Quel message aimeriez-vous faire passer au monde ?

J’aimerais dire aux personnes du monde, spécialement aux personnes d’Occident que, vous devez porter beaucoup d’attention à ce que vous êtes en train de mettre au monde. Parce qu’il se peut que beaucoup de choses que les gens sont en train de mettre dans le monde soient hors de contrôle.

Mon message est : qu’est-ce que vous voulez pour vos enfants ? Quel héritage voulez-vous transmettre aux générations suivantes ? Quel engagement pour que vos enfants n’arrivent pas à un âge adulte avec autant de destruction, avec autant de pollution, avec autant d’impacts négatifs ? Car la façon de consommer d’aujourd’hui met en péril les conditions de vie des générations suivantes.

En vérité, j’aimerais dire aux personnes du monde : quel type de pensée, quel type d’action faites-vous en ce moment pour modifier le comportement de l’humanité ? Comment pensez-vous construire le futur sachant que, tout ce que nous faisons maintenant, nous en serons responsables devant la future génération, la génération de nos enfants qui nous succéderont. J’aimerais vraiment savoir quel environnement vous êtes en train de construire pour vivre. Je crois que beaucoup de choses ont changé, et que ce changement est compromettant, qu’il ne donne pas l’espoir d’une vie meilleure pour les gens.

Donc, j’aimerais dire au monde de faire très attention, notamment aux personnes qui construisent leurs actions de manière irresponsable, sans penser au futur. Je crois que nous devons engagement, respect, responsabilité envers ce que nous avons fait et ce que nous sommes en train de faire.

La conscience de chacun ne va jamais éteindre ni effacer la mémoire de ce que vous avez fait. Si vous avez fait quelque chose de bien, cela va rester historiquement pendant des milliers d’années. Nous portons la mémoire de nos ancêtres depuis de longues années et la mémoire que nous portons est très pure, donc nous n’avons pas l’impression d’avoir violé les droits de la Vie sur cette planète. Nous avons la conscience que nous sommes prêts à rendre compte des actes que nous avons posé. Cette communauté est prête à répondre.

Mais je vois que le monde occidental n’est pas prêt à comparaître devant les tribunaux de la Nature. Quand les Ordres supérieurs interviendront. Quand il y aura des tremblements de terre, des ouragans, des tsunamis, est-ce que les gens seront prêts à répondre de leur attitude, des choses qu’ils ont faites ?

Mon message pour tous est de faire très attention à ce que vous faites dans votre vie pour ne pas compromettre la vie des générations futures. Nous voyons clairement que la Terre ne supporte plus toute cette destruction, que cette idée du développement a apporté une grande perte de biodiversité et de ressources naturelles dans l’ensemble qui compose cet univers, avec les différentes formes de vie qui existent sur cette planète. Nous devons avoir le même respect pour une plante, pour un petit brin d’herbe que pour notre propre vie. En agissant ainsi, je suis certain que le monde va changer. Il va changer pour le meilleur. Les gens seront conscients de ce qu’ils sont en train de faire et se sentiront présents pour chacun parce qu’ils auront le respect et la conscience que tout le monde ici a besoin de vivre. Indifféremment de la race des gens.

Le concept de race généralise des préjugés. Or on n’a pas à avoir de préjugés sur le lieu où l’on naît. N’importe quel être qui naît sur cette planète mérite de vivre. Il mérite de vivre avec dignité. D’être respecté avec attention. Ceci est le message que je souhaite faire passer au monde.

Mémoire Réglementer les Plantes des Peuples

« Réglementer les Plantes Médicinales des Peuples Autochtones »,  Mémoire de Fin d’Etudes à l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP Europe), par Solen Penchèvre, promotion 2007

(Résumé) A l’heure de la globalisation des échanges et de la confrontation des cultures à la surface de la Terre, des pratiques traditionnelles autochtones sont encore largement méconnues et ignorées par nos sociétés contemporaines. Des plantes médicinales utilisées par certaines populations sont considérées comme des drogues et simplement interdites par les législations nationales. Ces rejets aveugles sont fondés sur des mécanismes protégeant une certaine manière de voir le monde et de s’y organiser. Une analyse de la place que prennent ces plantes mystérieuses dans la vie des êtres humains est nécessaire pour comprendre leur pouvoir curatif. Nous recommandons aux gouvernements actuels d’ouvrir des terrains d’étude permettant d’élucider les propriétés de ces plantes et de transposer leurs traditions d’usage dans nos modes de vie.

Télécharger: RéglementerLesPlantes2007

Le livre Rêver une Nouvelle Terre

If people like Tristan Lecomte, Haru Kuntanawa or Severn Suzuki gradually transform the ways in which our societies see and act, at the same time I feel that the gap between the various systems of human values is wide open, far from being overcome and that it’s about being visibly or subtly dominated by a way of thinking that has colonised the world. How to go further in a constructive meeting of cultures, groups and human intelligences and how to make mainstream less dominant, less arrogant in how it relates with others? (Extract)

Rêver une nouvelle Terre

La beauté et la puissance de la rencontre avec les cercles de sagesse amazoniens

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Qui eût dit que cette jeune étudiante ne se satisferait pas d’une ligne toute tracée à sa sortie de Sup de Co ? Pourquoi plonger à la fois dans la sagesse orientale du Kriya Yoga et celle des indiens Yawanawa et Shuars d’Amazonie ? Peut-être un besoin d’essentiel qui motive des jeunes de plus en plus nombreux… Elle ressent la rencontre des cultures humaines à la surface de la Terre comme un phénomène inéluctable, pressant et profondément bouleversant, individuellement comme collectivement, pour aboutir à une vision rénovatrice de système d’organisation planétaire.

Elle nous prend par le bras et nous invite à partager son voyage en Amazonie, expérience touchante, aventure fascinante, risquée, à la fois ethnographique/journalistique et poétique/intime, qui permet d’interroger l’essence de l’âme humaine ; de vivre un rapport à la nature totalement différent ; d’explorer les forces primordiales grâce à la guidance de plantes… C’est la puissance de l’esprit quand il s’engage vraiment dans sa quête : elle est initiée au plus haut niveau dans des Cercles de sagesse, cercles visionnaires, transdiciplinaires.

Au gré de ses allers-retours Amazonie / France, elle nous offre un témoignage à la fois passionné et lucide, alimentant une réflexion existentielle sur l’ « action juste ». Quel positionnement identitaire affirmer alors que l’on a conscience de marcher entre deux grandes ères de l’évolution humaine ? Lorsqu’elle entend d’une oreille les discours hypocrites, dominateurs et irrespectueux de certains grands du monde économique ou politique, et qu’elle vit concrètement de l’autre côté les ravages qu’ils entraînent chez les peuples premiers ?

Hé bien, s’appuyant sur l’immense sagesse des Yawanawa et du Yoga, elle nous interpelle et nous invite à un rite de passage, à une complète métamorphose : il s’agit de sortir de cette transe auto-hypnotique consumériste et prédatrice dans laquelle nous ne sommes même pas heureux ; il s’agit de changer de paradigme sociétal, de construire une culture planétaire, d’honorer les connaissances des peuples premiers qui sont sur le point de disparaître alors qu’ils ont une inspiration féconde à nous apporter !

Le Temps de Rassembler notre Sagesse Fragmentée est venu ! Ce rêve est celui d’une danse planétaire, d’un pow wow mythique : la cérémonie inoubliable d’un passage vécu avec dignité et passion vers plus de maturité !

Publié en 2012 aux éditions du Souffle d’Or. Acheter ici